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1954 : la passation

1954 : la passation

L'Inde devint indépendante en 1947. Pas Pondichéry. Pendant sept années encore, le tricolore flotta sur le quartier français pendant que le reste du pays se refaisait. Quand le transfert vint enfin, il fut ordonné, et soigneusement incomplet.

L'Inde devint indépendante le 15 août 1947. Pas Pondichéry.

Deux Indes

Pendant sept ans après que le reste de l'Inde eut obtenu son indépendance de la Grande-Bretagne, Pondichéry demeura sous le tricolore français. La situation était anormale, et chacun le savait. L'Inde française, désormais réduite à cinq minuscules enclaves à travers le sous-continent, faisait formellement partie de la République française. Ses citoyens étaient des ressortissants français. Son droit était le Code civil. Ses écoles enseignaient en français. Le nouveau gouvernement de Nehru pressait diplomatiquement pour un transfert ; la France, préoccupée par ses propres crises en Indochine et en Algérie, avançait lentement.

L'atmosphère politique à l'intérieur des enclaves était tendue. Un mouvement pour la fusion avec l'Inde, le Mouvement pour la Libération de l'Inde Française, était actif depuis le milieu des années 1940. Il y eut des manifestations, des grèves, et une campagne soutenue de désobéissance civile explicitement calquée sur les méthodes du Congrès national indien. Le gouvernement indien ferma son consulat à Pondichéry en 1954 après une escalade particulière des tensions. L'administration française se retrouvait à gouverner un territoire que nombre de ses propres citoyens souhaitaient quitter.

Le tournant politique décisif survint en mars 1954, quand Édouard Goubert, qui avait été l'architecte de la position électorale pro-française en 1948 et la principale voix locale en faveur du maintien français, se rallia au camp indien. Son revirement leva le principal obstacle politique local au transfert. En octobre 1954, le Congrès de Kizhoor, l'assemblée délibérative sur la question de la fusion, vota par 170 voix contre 8 en faveur. La logique de la situation était devenue impossible à nier.

Le transfert

Le 1er novembre 1954, le transfert de fait eut lieu. L'administration française remit le pouvoir à un gouvernement provisoire pro-fusion. Le drapeau français fut abaissé ; le tricolore indien hissé. Les administrateurs français partirent. Les fonctionnaires indiens arrivèrent. Le transfert fut ordonné, négocié et pacifique, régi par un accord de 35 articles qui traitait des dispositions administratives, des droits des citoyens français, et de la garantie des droits linguistiques du français à l'article 28.

Le transfert légal formel, le traité de cession, fut signé le 28 mai 1956 et ratifié par l'Assemblée nationale française en juillet 1962, avec plein effet juridique à partir du 16 août 1962. Pondichéry devint, en droit international, partie de l'Inde. Ses résidents se virent offrir un choix entre la citoyenneté française et la citoyenneté indienne. Un nombre significatif choisit la France, et le consulat français qui opère aujourd'hui rue de la Marine est le descendant direct de ce choix.

Ce qui fut conservé

Ce qui se produisit ensuite est, selon la logique de l'histoire coloniale, surprenant. Les institutions françaises survécurent largement. Le système juridique conserva des éléments du Code civil qui persistent sous forme modifiée jusqu'à aujourd'hui. Les écoles continuèrent d'enseigner en français. Le Lycée français, l'Alliance française, et le consulat français continuèrent de fonctionner. Les noms de rues ne furent pas changés : Dupleix, Suffren, Labourdonnais, Romain Rolland, tous encore là sur leurs plaques émaillées bleues.

L'explication est en partie pratique : il y avait trop d'institutions françaises, trop profondément enracinées, pour les démanteler rapidement. Mais il y a aussi quelque chose de plus intéressant : une reconnaissance, des deux côtés, que ce que Pondichéry avait accumulé en trois siècles méritait d'être préservé en tant que tel. Le gouvernement de Nehru comprit qu'une ville dotée de cette histoire particulière n'était pas comme n'importe quelle autre ville indienne, et qu'effacer ce qui la rendait distinctive serait une perte plutôt qu'un gain.

Pondichéry devint un Territoire de l'Union, relevant directement de Delhi plutôt que d'être absorbée par le Tamil Nadu. Ce statut, maintenu à ce jour, est en partie un héritage des négociations du transfert : les Français cherchèrent des assurances que le caractère du comptoir serait protégé, et ces assurances furent données.

La ville qui en résulta

La Pondichéry qui existe aujourd'hui est le produit de tout cela. Le quartier tamoul, à l'ouest du canal, a sa propre continuité : ses temples, ses marchés, ses langues, ses rythmes, qu'aucun changement de drapeau n'a jamais interrompus. Le quartier français, à l'est, est quelque chose d'unique : une ville sud-indienne qui possède aussi l'architecture, le plan des rues, et certaines des habitudes culturelles de la France provinciale, doublée de l'intensité spirituelle qu'y apportèrent au XXe siècle Sri Aurobindo puis, après lui, Mirra Alfassa, connue comme la Mère, et Auroville.

Les Français qui viennent aujourd'hui éprouvent souvent une sensation troublante de reconnaissance : les proportions des bâtiments, l'échelle des rues, la relation entre la mer et la promenade, quelque chose dans la qualité de la lumière de l'après-midi qui fait de Pondichéry la « fenêtre de la France sur l'Inde », comme le disait fameusement Nehru. Et pourtant les sons, les odeurs et les visages sont entièrement tamouls, entièrement sud-indiens. La ville n'est pas un musée du colonialisme. C'est un lieu vivant qui a métabolisé son histoire et se l'est appropriée.

C'est peut-être la chose la plus intéressante à propos de Pondichéry. Elle a absorbé les Romains et les Pallava, les Chola et les Moghols, les Français et les Britanniques, l'ashram et la commune. Elle demeure reconnaissablement elle-même. La mer que les marchands romains traversaient pour l'atteindre est la même mer que l'on peut voir aujourd'hui depuis la promenade. La continuité, c'est la ville.

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