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Édouard Goubert

1894–1974

Édouard Goubert

Maire de Pondichéry ; dernier chef politique pro-français

Le médecin devenu chef politique, qui maintint Pondichéry dans le camp français par la fraude et l'obstruction pendant une décennie, avant de changer de camp en 1954 et de rendre possible, du jour au lendemain, le transfert à l'Inde.

LE DERNIER POLITICIEN DE MACHINE

Édouard Goubert naît à Pondichéry en 1894, se forme à la médecine, et bâtit l'une des machines politiques les plus efficaces de l'histoire des territoires français d'outre-mer. Son instrument fut le Parti Français de Pondichéry, sa méthode le clientélisme et la loyauté personnelle, et sa base la communauté catholique franco-indienne, qui plaçait la citoyenneté et l'identité culturelle françaises au-dessus de l'intégration à une Inde indépendante.

Dans les années d'après-guerre immédiates, alors que la question de l'avenir de l'Inde française devenait urgente, Goubert se positionna en défenseur du lien avec la France. Son intervention la plus spectaculaire fut les élections municipales d'octobre 1948, où sa faction remporta les 102 sièges du conseil municipal de Pondichéry, un résultat si manifestement impossible qu'il fut universellement reconnu comme frauduleux. L'Inde se servit de cette élection pour répudier le cadre référendaire convenu en 1947, arguant qu'aucun plébiscite loyal ne pouvait être organisé par un tel conseil. Aucun référendum ne fut jamais tenu.

Il organisa ensuite le report d'un référendum prévu pour 1949, utilisant son contrôle de l'administration locale pour retarder indéfiniment le processus. Au début des années 1950, alors que la pression indienne s'intensifiait et que la France montrait une volonté déclinante de maintenir le lien par la force, il défendit la position française par l'obstruction plutôt que par la persuasion.

Son revirement politique de mars 1954 fut l'événement décisif de la dernière décennie de Pondichéry sous domination française. Après avoir passé des années à empêcher la fusion, il annonça son soutien à l'intégration à l'Inde. Ses raisons furent presque certainement pragmatiques plutôt que principielles : la France n'allait pas se battre pour les enclaves, et le vent politique avait tourné de façon décisive. Avec sa défection, la faction pro-française se désintégra. Le Congrès de Kizhoor vota la fusion par 170 voix contre 8 en octobre 1954, et le transfert de fait suivit le 1er novembre 1954.

L'avenue Goubert, la promenade en bord de mer de Pondichéry, porte son nom, rappel que l'homme le plus responsable de la prolongation de la domination française fut aussi celui dont le revirement y mit fin.

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François GaudartCharles François Baron