1900–1980
Charles François Baron
Dernier gouverneur de l'Inde française
Le premier gaulliste de l'histoire, disciple de Sri Aurobindo, et dernier gouverneur de l'Inde française : une vie qui mena des salons du surréalisme parisien à une tentative d'empoisonnement à Singapour, puis aux couloirs spirituels de la Ville Blanche.
LE GOUVERNEUR QUI S'AGENOUILLA DEVANT UN YOGI
Charles François Baron naît à Paris en 1900, passe le début de sa vingtaine en marge du mouvement surréaliste naissant, présent aux réunions où Louis Aragon, Man Ray et André Breton définissaient ce qui allait devenir le surréalisme, puis part pour l'Afrique de l'Ouest en 1927 après avoir achevé des études de droit et d'administration coloniale. Il fait un premier séjour à Pondichéry vers 1935, en simple voyageur de passage, croise des disciples de Sri Aurobindo dans les rues au coucher du soleil, et engage ces conversations sur la philosophie hindoue qui plantèrent une curiosité spirituelle qu'il allait cultiver toute sa vie.
Quand la France tombe en juin 1940 et que de Gaulle lance son appel depuis Londres, Baron sert à Chandernagor, la petite enclave française du Bengale. Il répond immédiatement. Selon son fils Jean-Marie, confirmé par l'un des principaux biographes de de Gaulle, le premier télégramme reçu par de Gaulle à Londres fut envoyé par François Baron, faisant de lui, si l'affirmation se vérifie, le premier gaulliste de l'histoire. Nommé représentant de la France libre pour toute l'Asie de l'Est, basé à Singapour, son nom figure sur une liste japonaise. Il survit à une tentative d'empoisonnement à la strychnine, attribuant sa survie à une dépendance à l'opium contractée comme nombre de diplomates de l'époque coloniale, qui lui servit d'antidote accidentel. Il passe ses soirées au bar du Raffles Hotel, où, note son biographe, Hemingway était parfois présent, avant que l'avancée japonaise ne le force vers l'est. Il s'échappe par Hong Kong, Manille et Alger, atteint Londres en 1942 et se lie d'amitié avec Joseph Kessel et Maurice Druon alors qu'ils achèvent Le Chant des Partisans.
Nommé gouverneur de l'Inde française en 1945, il sert pendant toute la période du transfert, jusqu'en 1954. Parmi ceux qu'il fait venir à Pondichéry cette année-là se trouve un jeune vétéran français nommé Bernard Enginger, plus tard connu sous le nom de Satprem, qui pesait environ 35 kilogrammes après les épreuves de la guerre et, selon ses propres mots, envisageait le suicide. Baron l'installe comme son secrétaire personnel. La rencontre d'Enginger avec Sri Aurobindo et la Mère à l'Ashram le transforme en l'une des figures les plus marquantes de la tradition aurobindienne : auteur d'œuvres auxquelles on attribue d'avoir attiré des centaines de milliers de chercheurs spirituels à Pondichéry.
En septembre 1947, Baron organise une rencontre entre Sri Aurobindo, en stricte réclusion depuis 1926, et Maurice Schumann, voix de la France libre pendant la guerre et futur ministre des Affaires étrangères. Au début de l'entrevue, Baron, en disciple déclaré, s'agenouille devant Sri Aurobindo. Schumann rapporta plus tard cette observation de Sri Aurobindo : « Il est devenu un homme d'action parce qu'il a rencontré de Gaulle ; et il est devenu un mystique parce qu'il a rencontré Sri Aurobindo. » Quand Baron quitte Pondichéry à la fin de son mandat, la population de la ville suit sa voiture jusqu'à la frontière du territoire.
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