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Mirra Alfassa

1878–1973

Mirra Alfassa

Cofondatrice de l'Ashram de Sri Aurobindo ; fondatrice d'Auroville ; « la Mère »

La mystique parisienne arrivée à Pondichéry en 1914, qui reconnut en Sri Aurobindo l'être qu'elle percevait dans sa vie intérieure depuis des années, passa les cinquante-neuf années suivantes à bâtir ce qui allait devenir le centre spirituel de la Ville Blanche, et fonda Auroville à quatre-vingt-dix ans.

LA MÈRE

Mirra Alfassa naît à Paris le 21 février 1878, dans une famille d'origine égypto-turque venue d'Alexandrie s'installer dans le 4e arrondissement. Elle se forme aux arts visuels, évolue dans les milieux intellectuels de la Belle Époque, cofonde en 1904 une revue spirituelle parisienne appelée la Revue Cosmique, et connaît, des années durant avant de quitter l'Europe, une série d'expériences intérieures qu'elle n'a aucun cadre pour interpréter. Elle arrive à Pondichéry le 29 mars 1914, accompagnant son second mari Paul Richard, candidat à une élection politique dans le comptoir français, et rencontre Sri Aurobindo pour la première fois. Elle dira plus tard l'avoir reconnu immédiatement comme la figure qu'elle croisait dans sa vie intérieure depuis l'enfance.

Elle passe un an à Pondichéry, collaborant avec Sri Aurobindo à la revue spirituelle Arya, puis se voit ramenée en Europe par la Première Guerre mondiale. Elle passe quatre ans au Japon. Elle revient à Pondichéry le 24 avril 1920, seule, et n'en repartira plus. Le 24 novembre 1926, jour du Siddhi, Sri Aurobindo l'installe formellement comme « la Mère », sa collaboratrice spirituelle et son égale, et se retire dans une réclusion complète, confiant entièrement à sa direction l'Ashram. Elle le dirigea pendant quarante-sept ans.

Sous sa direction, l'Ashram passe d'une petite communauté de disciples à une institution de près de 1 200 membres, dotée de départements d'éducation, d'agriculture, de musique, d'imprimerie, de culture physique et d'industrie. Elle donna les entretiens réunis dans les dix-sept volumes de ses Œuvres complètes. À partir de 1951, ses conversations quotidiennes avec le disciple Satprem, un survivant français de la guerre que le gouverneur Charles Baron avait amené à Pondichéry dans un état de quasi-effondrement, furent enregistrées et rassemblées sous le titre L'Agenda de Mère, treize volumes d'exploration intérieure qui comptent parmi les documents les plus extraordinaires de la vie spirituelle du XXe siècle.

Fin septembre 1947, elle est présente quand Sri Aurobindo reçoit la mission culturelle française menée par Maurice Schumann, futur ministre des Affaires étrangères de France. Après le frugal repas du soir, elle défie Schumann à une partie de ping-pong. Elle la remporte largement. Elle passe ensuite le reste de la soirée à l'interroger dans le détail sur la France d'après-guerre et la situation politique en Alsace. Schumann, alors dans la trentaine, fut frappé par sa dualité : entièrement absorbée par le travail intérieur de l'Ashram, et pleinement présente en même temps à la France, son pays natal. Apprenant sa mort en 1973, à quatre-vingt-quinze ans, il s'exclama : « À 70 ans, elle jouait au ping-pong comme si elle en avait 18. »

Elle fonde Auroville en 1968 : une cité conçue pour incarner l'idéal de l'unité humaine, bâtie sur le plateau de latérite rouge au nord de Pondichéry. Lors de la cérémonie d'inauguration, des représentants de 124 nations et de 23 États indiens apportèrent de la terre de leur pays natal et la mêlèrent au point central. Elle avait quatre-vingt-dix ans et n'y assista pas en personne. Elle meurt à Pondichéry le 17 novembre 1973. Sa tombe se trouve à côté de celle de Sri Aurobindo, dans la cour de l'Ashram, sous un frangipanier. Des milliers de personnes viennent s'y recueillir chaque jour.

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V. SubbiahVictor Simonel