1702–1766
Thomas Arthur, comte de Lally
Dernier commandant français de Pondichéry
Le général irlando-français arrivé en 1758 pour sauver l'Inde française, qui présida au contraire à son effondrement final, avant d'être exécuté à Paris pour une défaite qui était, structurellement, inévitable.
LE DERNIER COMMANDANT
Thomas Arthur, comte de Lally, baron de Tollendal, naît en 1702 au sein de la diaspora catholique jacobite irlandaise, qui formait un contingent militaire important dans l'armée française. Son père avait suivi le roi Jacques II dans l'exil français après 1688. Lally lui-même se distingue dans les guerres européennes : à Fontenoy en 1745, à la tête de la charge de la Brigade irlandaise, il se fait suffisamment remarquer pour que toute l'armée s'en souvienne. Il est nommé en 1757 pour redresser le déclin français en Inde, reçoit le grade de lieutenant-général, l'autorité sur l'administration militaire et civile de Pondichéry, et la charge, croit-on, de pouvoir encore sauver la situation.
Il n'en fut rien. La défaite française à Plassey en juin 1757 avait transféré aux Britanniques les revenus du Bengale, des ressources que la France ne pouvait égaler à aucun niveau d'engagement. Lally aggrava ces désavantages structurels par de graves erreurs de jugement : il s'aliéna l'administration civile française par son mépris envers les fonctionnaires de la Compagnie, et surtout, décision fatale, rappela Bussy d'Hyderabad, détruisant d'un coup le protectorat que celui-ci avait mis huit ans à construire. Ceux qui comprenaient ce que Bussy avait bâti ne lui pardonnèrent jamais cette décision.
Le siège de Madras, en décembre 1758, échoue après deux mois. À Wandiwash, le 22 janvier 1760, Eyre Coote défait la dernière armée française de campagne en Inde et capture Bussy. Parmi les présents lors du siège britannique de Pondichéry qui suivit se trouvait un jeune soldat au service de la France nommé Claude Martin, qui allait ensuite passer au service de la Compagnie britannique des Indes orientales et entamer la carrière remarquable qui ferait de lui l'un des Européens les plus influents de l'Inde du XVIIIe siècle. Pour Martin, la chute de Pondichéry fut un commencement ; pour Lally, ce fut la fin.
La ville capitule en janvier 1761, après un siège de cinq mois qui laisse la population en grave pénurie alimentaire. De retour en France, Lally est arrêté, jugé pour trahison par le Parlement de Paris, et exécuté par décapitation le 9 mai 1766. L'accusation relevait pour partie d'un bouc-émissarisme politique, pour partie de l'animosité personnelle qu'il avait accumulée à Pondichéry. Voltaire prit sa cause dans ses Fragments sur l'Inde (1773). La condamnation fut annulée à titre posthume en 1778, trop tard pour Lally lui-même, mais une réhabilitation obtenue par son fils, Trophime Gérard de Lally-Tollendal, qui avait mené campagne sans relâche pendant douze ans. La rue Lally-Tollendal, dans la Ville Blanche, porte son nom.
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