1718–1785
Charles de Bussy
Commandant militaire français dans le Deccan
L'officier le plus doué de Dupleix, qui administra un protectorat français à Hyderabad pendant huit ans avec à peine deux mille hommes, et dont le rappel détruisit tout ce qu'il avait construit.
HUIT ANS À HYDERABAD
Charles Joseph Patissier, marquis de Bussy-Castelnau, naît en 1718 à Clermont, dans le sud de la France, et entre au service de la Compagnie française des Indes dans les années 1730. On le repère tôt comme un officier doté d'une intelligence politique exceptionnelle, qualité plus rare dans les rangs de la Compagnie que la compétence militaire. Lorsque Dupleix le choisit pour la mission du Deccan en 1750, Bussy a trente-deux ans, on lui confie les opérations les plus sensibles de l'entreprise française en Inde, et il possède une qualité qui manque à la plupart de ses collègues : la patience de considérer les relations politiques indiennes comme un travail de longue haleine, à cultiver pendant des années, plutôt que comme des exigences appuyées par les armes.
Sa réussite à Hyderabad fut remarquable. Il maintint pendant huit ans, à la cour des nizams successifs, un petit contingent français, jamais plus de deux mille hommes, offrant la garantie militaire sans laquelle aucun prétendant au trône d'Hyderabad ne pouvait se sentir en sécurité. En 1753, il obtint du nizam la cession des Circars du Nord : quatre districts côtiers sur le littoral oriental, au nord du Coromandel — la plus grande concession territoriale jamais reçue par la France en Inde — offrant aux intérêts français un corridor côtier que Bussy développa ensuite avec le soin qui le caractérisait.
En 1758, Lally le rappelle d'Hyderabad pour servir dans la campagne du Carnatic. Bussy s'oppose vigoureusement à cet ordre, avertissant qu'abandonner la position du Deccan ruinerait tout ce que huit années de travail patient avaient construit. On passe outre son avis. Quelques mois après son départ, le nizam se rallie aux Britanniques et les Circars du Nord sont perdus. L'histoire a presque unanimement donné raison à Bussy sur ce rappel.
Il est capturé à la bataille de Wandiwash en janvier 1760 et passe trois ans comme prisonnier des Britanniques. Il rentre en France, traverse les années de paix, puis repart en 1782 pour l'Inde à la tête d'une expédition française pendant la guerre d'indépendance américaine — pour arriver à Pondichéry, à soixante-quatre ans, alors que la paix est déjà conclue. Il meurt à Pondichéry le 7 janvier 1785, dans une ville désormais réduite à un simple comptoir commercial, bien loin de la cour d'Hyderabad où il avait passé les plus belles années de sa carrière. La rue Bussy, l'une des principales artères de la Ville Blanche, porte son nom.
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