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Ananda Ranga Pillai

1709–1761

Ananda Ranga Pillai

Interprète en chef de Dupleix, diariste

Le courtier et interprète en chef de Dupleix, dont le journal tamoul privé constitue le témoignage le plus intime jamais écrit sur l'Inde française — le seul récit raconté depuis l'intérieur de la pièce.

L'HOMME QUI CONSIGNA TOUT

Ananda Ranga Pillai naît à Pondichéry en 1709, dans une famille de dubash, cet intermédiaire indien indispensable sans lequel le commerce européen n'aurait pu fonctionner. La fonction mêlait traduction, courtage, octroi de crédit, collecte de renseignements et entregent social en une seule charge irremplaçable. Pillai hérite de cette position et la porte à un niveau sans précédent : pendant vingt-cinq ans, comme dubash du gouverneur Dupleix, il tient un journal privé en tamoul où il consigne tout ce qu'il voit et entend.

Le journal compte douze volumes publiés. Rien de comparable n'existe dans l'histoire du colonialisme européen en Inde. Écrit pour lui-même et non pour un public européen, Pillai y consigne les choses avec une franchise inhabituelle : les humeurs privées du gouverneur et ses conversations tardives, les querelles entre officiers français, les mouvements de renseignement venus de tout le Carnatic, et ses propres affaires commerciales — la distillerie d'arak qu'il dirige, les prêts qu'il consent aux officiers français, les entreprises commerciales qu'il mène en coulisses. Il n'est pas seulement témoin du pouvoir français, il en est aussi bénéficiaire et acteur, enrichi par son lien avec le gouverneur tout en restant, dans sa vie sociale et culturelle, entièrement ancré dans le monde tamoul de Pondichéry.

Ses pages les plus saisissantes portent sur le différend entre Dupleix et La Bourdonnais sur le sort à réserver à Madras après sa prise en 1746. Pillai rapporte le jugement privé de Dupleix sur La Bourdonnais sans en dissimuler le mépris, le qualifiant d'« homme à l'esprit profondément mesquin » qui avait bradé la plus grande victoire militaire française en Inde contre une simple rançon. Cette querelle, telle que Pillai la consigne, offre l'un des portraits les plus intimes de conflit personnel et stratégique dans toute la littérature sur l'Inde française.

Il meurt en 1761, l'année même où Pondichéry tombe aux mains des Britanniques et où le monde qu'il avait consigné disparaît. Sa maison, qu'il décrit dans son journal, se dresse toujours aujourd'hui rue Ranga Pillai, près du Grand Bazar, sur la rue même qui porte son nom, l'un des très rares bâtiments du XVIIIe siècle encore debout dans la ville. Son journal ne fut traduit en anglais qu'au tout début du XXe siècle, mais il est depuis reconnu comme la voix indienne indispensable d'une histoire autrement racontée presque entièrement par des Européens — le seul témoignage écrit depuis l'intérieur de la pièce où se décidait le destin de l'Inde française.

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