1697–1763
Joseph François Dupleix
Gouverneur général de l'Inde française
L'homme qui rêva d'un empire français en Inde, le bâtit pièce par pièce à coups d'alliances et de cipayes, et le perdit non par les armes britanniques mais sur un ordre de rappel venu de Paris.
L'ARCHITECTE DE L'INDE FRANÇAISE
Joseph François Dupleix arrive à Pondichéry comme gouverneur général en 1742, déjà aguerri par deux décennies passées à Chandernagor, le comptoir français du Bengale. Il apporte avec lui une théorie de l'empire sans équivalent dans ce que l'Europe avait jusque-là appliqué en Inde : un petit corps de troupes à l'entraînement européen, engagé avec constance dans les querelles de succession indiennes, pouvait offrir à la France un protectorat sur des princes bien plus puissants que la Compagnie française des Indes orientales elle-même.
Sa méthode est audacieuse et, un temps, redoutablement efficace. Quand le nizam d'Hyderabad meurt en 1748 et que des crises de succession éclatent simultanément à Hyderabad et dans le Carnatic, il agit vite. Il soutient Chanda Sahib pour le nawabat du Carnatic, installe à Hyderabad un nizam ami grâce à son brillant commandant de terrain Bussy, et revendique à son apogée une souveraineté indirecte sur un territoire plus vaste que la France elle-même. Le mécanisme n'est pas la conquête à l'européenne mais le patronage stratégique : des cipayes formés à la française, postés dans les cours clés, comme garantie silencieuse derrière les trônes indiens.
Son propre secrétaire, Ananda Ranga Pillai, observe toute l'entreprise de l'intérieur et décrit Dupleix, dans son journal tamoul privé, comme « l'un de ces rares jardiniers de la Nature capables de faire surgir de rien une forêt battue par la tempête » — une figure capable de bâtir quelque chose d'immense à partir de presque rien, vulnérable seulement aux tempêtes qu'il ne pouvait maîtriser.
L'expérience prend fin en 1754, non par les armes britanniques mais par une décision prise à Paris. La Compagnie française des Indes orientales, alarmée par les coûts et redoutant une guerre ouverte, dépêche Godeheu pour négocier la paix. Dupleix est rappelé dans l'humiliation. Il monte à bord de son navire le 14 octobre 1754, embarque sur le Duc d'Orléans, et ne reviendra jamais. Il passe ensuite neuf ans en France à mener une bataille judiciaire pour la fortune personnelle qu'il affirme avoir engagée au service de la Compagnie, 7 022 296 livres selon ses propres comptes minutieux, et meurt en 1763, l'année même où le traité de Paris entérine l'abandon par la France de ses ambitions territoriales en Inde, sa créance toujours non reconnue.
Sa statue se dresse sur l'avenue Goubert, le bras levé vers la mer. La rue Dupleix traverse le cœur de la Ville Blanche. La ville qu'il gouverna porte encore son nom sur l'une de ses plus anciennes rues, et la logique de son expérience, la politique locale plutôt que la conquête directe, sera réinventée, sous une forme très différente, par les Britanniques au siècle suivant.
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