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Ananda Rangapillai Street

Rue est-ouest

Ananda Rangapillai Street

Nommée d'après : Ananda Ranga Pillai (1709-1761), dubash to Dupleix and author of the most important Indian diary of the French colonial period (1709–1761)

Bienvenue Ananda Rangapillai Street, nommée d'après l'homme qui a fait fonctionner l'Inde française de l'intérieur. Il n'était pas français. Il était le dubash, le principal courtier et interprète de la Compagnie des Indes, l'Indien sans qui la machine coloniale française n'aurait pas tourné. Il tenait aussi un journal. Douze volumes, en tamoul. Sa maison, construite en 1735, se dresse encore sur cette rue.

Le mot dubash signifie « deux langues » en tamoul, mais son rôle allait bien au-delà de la traduction. Ananda Ranga Pillai (1709-1761) fut l'interface humaine essentielle entre le monde commercial et politique français et indien : il gérait des réseaux, accordait des crédits, négociait avec les autorités locales, recueillait des renseignements, et servait d'yeux et d'oreilles à Dupleix dans la communauté tamoule. Il servit sous quatre gouverneurs-généraux et, sous Dupleix, fut nommé diwan, conseiller et chef des Indiens. Il était riche, bien introduit, et absolument indispensable.

Il notait aussi tout par écrit. Son journal privé, tenu en tamoul et couvrant douze volumes publiés, est la source primaire indienne la plus importante pour la période coloniale française. Il écrivait sans public européen à l'esprit, ce qui signifie qu'il écrivait avec une franchise qu'aucun document officiel n'aurait pu égaler. Quand Dupleix déversa sa fureur contre La Bourdonnais après la prise de Madras en 1746, Pillai le consigna en style direct. Quand la tension gagnait le bazar avant une bataille, Pillai la captura. Le journal couvre 1736 à 1761 : tout l'arc de l'Inde française, de son apogée à son effondrement.

Son jugement sur les prédécesseurs de Dupleix est le passage le plus cité de l'historiographie de l'Inde française. De Lenoir : il enrichit la terre, planta des arbres, savoura le fruit. De Dumas : il ne fit que dévorer la récolte. Du temps de Dupleix : une tempête dévora le jardin.

Pillai mourut en 1761, l'année où Pondichéry tomba aux mains des Britanniques. Il avait tout vu. Son journal ne fut traduit qu'entre 1904 et 1928, quand le gouvernement de Madras le publia en anglais. Sa maison, bel exemple d'architecture franco-tamoule construite en 1735, se dresse encore sur cette rue.

À retenir sur cette rue

  • Sa maison se trouve encore ici. Construite en 1735, c'est l'un des très rares bâtiments du XVIIIe siècle survivant dans la Pondichéry moderne. Architecture franco-tamoule : cherchez-la.
  • Le dubash était l'interface essentielle entre la France et l'Inde. Sans Pillai, la machine coloniale française n'aurait pas pu fonctionner. Il n'était pas un serviteur. C'était un partenaire.
  • Son journal couvre douze volumes en tamoul. C'est le seul témoignage indien suivi de la période coloniale française, écrit de l'intérieur.
  • La citation du jardinier : Lenoir enrichit le sol. Dumas mangea le fruit. Sous Dupleix, une tempête dévora le jardin. Pillai écrivit cela à propos des hommes dont il exécutait les ordres.
  • Il consigna la fureur privée de Dupleix contre La Bourdonnais après la prise de Madras en 1746 : des mots francs qu'aucun document officiel n'a conservés. Nous savons ce que Dupleix a dit en privé parce que Pillai l'a écrit en tamoul.
  • Il mourut en 1761, l'année même où Pondichéry tomba. Il fut le témoin de tout l'arc de l'histoire : l'apogée, les guerres, le siège, la fin.
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