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Guillaume Le Gentil

1725–v. 1792

Guillaume Le Gentil

Astronome français ; membre de l'Académie des sciences

L'astronome qui traversa deux fois la moitié du globe pour observer le passage de Vénus, le manqua les deux fois, une fois à cause d'une guerre, une fois à cause d'un nuage, et laissa à la place le portrait européen le plus vivant de Pondichéry dans les années 1760.

L'ASTRONOME LE PLUS MALCHANCEUX DE L'HISTOIRE

Guillaume Le Gentil quitte la France le 26 mai 1760 pour observer le passage de Vénus devant le disque solaire, prévu pour le 6 juin 1761. Cette mesure, Vénus apparaissant comme un petit point noir traversant le soleil, offrait le meilleur moyen disponible de calculer la distance Terre-Soleil, l'unité fondamentale du système solaire. Edmund Halley avait exhorté les astronomes du monde entier à l'observer simultanément depuis plusieurs points du globe. L'Académie des sciences française assigna Le Gentil à Pondichéry.

Il arrive à l'Île de France (Maurice) en juillet 1760. La guerre de Sept Ans avait atteint la côte de Coromandel : Pondichéry était sous pression et aucun navire ne pouvait l'y conduire. Il finit par trouver une frégate en partance pour la côte, mais elle dérive cinq semaines durant sur des vents de mousson mourants. Le 24 mai 1761, elle fait escale à Mahé, où il apprend que Mahé et Pondichéry sont toutes deux tombées aux mains des Britanniques. Le navire rebrousse chemin vers Maurice. Le 6 juin 1761, depuis le pont tanguant, Le Gentil observe le passage de Vénus à travers son télescope. Le pont d'un navire n'offrait rien qui ressemblât à la plateforme stable qu'exigeaient les mesures de précision de l'Académie. Après un an de voyage, il n'avait rien produit d'utile scientifiquement.

Le prochain passage aurait lieu en 1769, huit ans plus tard. Il décide de ne pas rentrer. Il passe les années suivantes à cartographier des côtes, étudier les moussons, dresser des cartes de Madagascar, naviguer jusqu'à Manille, et rassembler des observations sur les marées, les sols et l'astronomie régionale. Des rumeurs parvinrent à Paris selon lesquelles il ne faisait que commercer et s'enrichir ; les registres de l'Académie le défendirent avec douceur : le seul trésor qu'il rapportait, c'étaient des données.

Il débarque à Pondichéry le 27 mars 1768, quatorze mois avant le second passage. Il y trouve une ville encore en reconstruction après la démolition britannique catastrophique de 1761. Le gouverneur Law de Lauriston l'accueille chaleureusement, l'aide à construire un observatoire au sommet d'un fort en ruine, et les Anglais de Madras lui envoient même un excellent télescope. Les mois jusqu'en mai 1769 furent idéaux. Chaque matin jusqu'au 3 juin fut dégagé. Le soir du 2 juin, lui et le gouverneur observèrent ensemble, parfaitement, l'émersion d'un satellite de Jupiter. On lui adressait déjà des compliments.

Le matin du 3 juin 1769, au moment précis où le passage commençait, un grain surgit de nulle part. Le soleil disparut. Il ne réapparut qu'à 7h30, trente minutes après que Vénus eut achevé son passage. Le reste de cette journée, et les jours suivants, furent magnifiques. Il écrivit : « J'avais fait près de dix mille lieues ; il semblait que je n'avais parcouru un si grand espace de mers en m'exilant de ma patrie, que pour être spectateur d'un nuage fatal. » Il resta plus de deux semaines dans ce qu'il appelait un abattement singulier, et pouvait à peine reprendre la plume.

Il reste sur place jusqu'en 1770, se remettant de fièvres et de dysenterie, et se consacrant à quelque chose d'inattendu. Un mathématicien brahmane lui rend visite, s'assoit à même le sol avec une liasse de manuscrits sur feuilles de palme et un sac de cauris, et calcule en trois quarts d'heure les phases d'une éclipse lunaire. Le Gentil vérifie ce calcul contre ses propres tables : la concordance était frappante. Il passe des mois à apprendre la méthode de calcul brahmane, qui allait finalement fournir le fondement empirique d'une controverse majeure sur l'ancienneté de l'astronomie indienne, jamais pleinement résolue à ce jour.

Il repart pour la France le 1er mars 1770. Un ouragan au large de La Réunion faillit couler son navire au retour. Un navire de guerre britannique l'intercepte ; il s'en tire grâce au don diplomatique d'un grand sac de pommes de terre. Il franchit les Pyrénées le 8 octobre 1771, « après onze ans, six mois et treize jours d'absence. » À Paris, il découvre que sa femme, le croyant mort, s'était remariée, et que ses biens avaient été pillés. Il retrouve sa place à l'Académie, se remarie, a une fille, rédige ses mémoires, et meurt vers 1792. Ses observations du passage n'apportèrent rien à la science. Son récit de Pondichéry dans les années 1760, les tenues, les funérailles, les temples, les relais de pèlerinage au bord des routes, demeure irremplaçable.

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François MartinPierre Loti