1717–1795
Muhammad Ali Khan Wallajah
Nawab du Carnatic
Le nawab soutenu par les Britanniques, dont les quarante-six années de survie, d'abord dans la forteresse de Trichinopoly puis dans le labyrinthe de la dette envers la Compagnie, définirent ce que deviendrait la présence britannique dans le sud de l'Inde.
LE NAWAB DANS LA FORTERESSE
Muhammad Ali Khan Wallajah a vingt-deux ans quand son père Anwaruddin est tué à la bataille d'Ambur, le 3 août 1749, et que Chanda Sahib, soutenu par les Français, est proclamé nawab du Carnatic. Il fuit vers le sud, vers Trichinopoly, la grande forteresse rocheuse sur la Kaveri, avec une petite force appuyée par les Britanniques, et s'y retranche. Sa prétention au nawabat n'était soutenue par aucune force militaire propre ; elle l'était par une Compagnie britannique des Indes orientales qui comprenait, avec une clarté croissante, qu'un Carnatic dominé par la France constituait une menace stratégique qu'elle ne pouvait accepter.
Il tint Trichinopoly pendant que se déroulait autour de lui la deuxième guerre du Carnatic. Dupleix envoya des forces sous commandement français pour prendre la forteresse et l'éliminer. Elles s'en approchèrent. La position militaire fut désespérée à plusieurs reprises. Le secours décisif ne vint pas de Trichinopoly même, mais de quatre cents kilomètres plus au nord, où Robert Clive, alors âgé de vingt-six ans, s'empara avec deux cents hommes d'Arcot, siège traditionnel des nawabs du Carnatic, en septembre 1751, et la tint pendant cinquante jours contre toutes les tentatives alliées aux Français pour la reprendre. L'effet symbolique d'Arcot fut aussi important que l'effet militaire : il démontra que la cause soutenue par les Britanniques pouvait tenir, et détourna les ressources françaises du sud juste assez longtemps.
Quand Chanda Sahib est capturé et décapité en juin 1752, Muhammad Ali devient le nawab incontesté du Carnatic. La construction politique française dans le sud, le protectorat de Dupleix, s'effondre en une seule après-midi. Muhammad Ali quitte Trichinopoly pour Madras, est reconnu par le nizam d'Hyderabad, confirmé par la Compagnie britannique des Indes orientales, et s'installe pour un règne qui allait encore durer quarante-trois ans.
Le prix de ce règne fut l'abandon progressif de l'indépendance politique. Il emprunta des sommes considérables à la Compagnie et à des marchands britanniques privés pour financer ses guerres et sa cour. Ces dettes servirent de levier : contrôle de la collecte des revenus, accès militaire, subordination diplomatique. Dans les dernières décennies de son règne, le Carnatic était de fait un protectorat britannique, Muhammad Ali une figure de proue riche mais contrainte, au centre d'un enchevêtrement d'obligations financières qu'il ne maîtrisait plus. Il fut témoin de la chute de Pondichéry en 1761, des quatre occupations britanniques ultérieures de la capitale française, et de la montée d'Hyder Ali puis de Tipu Sultan. Il meurt à Madras en 1795, à soixante-dix-huit ans, ayant survécu à ses ennemis français de plus de trois décennies, et ayant permis, pas à pas et avec patience, l'hégémonie britannique qui allait leur succéder.
Son nom est le moins familier à l'histoire, car son exploit fut la survie plutôt que la conquête. Mais sans lui, sans la décision britannique de soutenir sa prétention et la décision française de s'y opposer, le protectorat de Dupleix aurait pu tenir, et l'histoire ultérieure du sud de l'Inde aurait été entièrement différente.
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