Institution française
Collège Calvé, Pondichéry
Calvé Soupraya Chettiar utilisa son propre argent en 1875 pour ouvrir une école destinée aux enfants hindous et musulmans qui n'avaient nulle part ailleurs où aller. Le collège qui porte son nom devint plus tard une pépinière de politique nationaliste, et est aujourd'hui un bâtiment patrimonial recensé, en cours de restauration.
En 1875, un marchand tamoul nommé Calvé Soupraya Chettiar, également connu sous le nom de Kalavai Subburaya Chettiar, utilisa son propre argent pour ouvrir une école à Pondichéry. Son raisonnement était direct : les enfants des familles hindoues et musulmanes de la ville indienne avaient peu d'options éducatives qui ne fussent pas contrôlées par des missionnaires chrétiens. Il voulut en créer une.
Le collège qui porte son nom se trouve sur ce site depuis lors.
L'école d'un philanthrope
Calvé Soupraya Chettiar était un marchand fortuné, et sa décision de financer une école fut un acte délibéré de philanthropie locale à un moment où l'éducation coloniale à Pondichéry était dominée par les institutions françaises et les missions catholiques. Les familles de la ville indienne, hindoues et musulmanes tamoules de la classe moyenne et populaire, avaient un accès limité à l'un ou l'autre de ces systèmes. Son école était destinée à les servir.
L'institution débuta comme une école privée subventionnée en 1875 et fut, dès 1877, intégrée à une structure administrative et publique plus large. Ce n'était pas, à l'origine, une institution coloniale française : c'était un projet philanthropique indien fonctionnant à l'intérieur de l'écosystème éducatif colonial français. Cette distinction compte. Elle fut créée par un Tamoul pour des Tamouls, à un moment où le paysage éducatif de la ville était sinon presque entièrement façonné par des priorités européennes.
Deux langues, deux systèmes
À la fin du XIXe siècle, le Collège Calvé avait développé un programme à deux filières reflétant les réalités pragmatiques de la position de Pondichéry entre deux empires.
Une section enseignait en français, préparant les élèves aux systèmes d'examen de l'Inde française, y compris les qualifications de type brevet offertes par les écoles coloniales françaises. L'autre section enseignait en anglais et était alignée sur l'université de Madras, orientant les élèves vers les systèmes d'examen de l'Inde britannique et le monde professionnel indien plus large. Ensemble, ces filières servaient des familles qui n'appartenaient ni à la classe administrative française ni n'étaient assez riches pour les institutions d'élite de la Ville Blanche. L'école était intégrée au système éducatif de l'Inde française sans être façonnée par les ambitions coloniales françaises pour ses élèves.
Une pépinière politique
Le rôle le plus lourd de conséquences de l'école se révéla être un que son fondateur n'avait probablement pas anticipé. Durant la première moitié du XXe siècle, le Collège Calvé devint un espace de formation politique et d'éveil intellectuel pour les communautés tamoules non élitaires de Pondichéry.
V. Subbiah, dirigeant communiste et combattant de l'indépendance, compte parmi ses anciens élèves. M.O.H. Farook, qui deviendrait plus tard ministre en chef de Pondichéry, est également associé à son héritage tel que consigné dans les documents patrimoniaux. L'école produisit des nationalistes, des organisateurs syndicaux et de premiers penseurs communistes à un moment où la conscience politique de Pondichéry s'aiguisait face à la domination coloniale française, et où le mouvement d'indépendance dans toute l'Inde britannique rendait impossible d'ignorer la question de qui gouvernerait le sous-continent. Le fait qu'une école philanthropique tamoule, et non l'une des institutions françaises ou catholiques, soit devenue une pépinière de conscience politique en Inde française est l'un des faits les plus intéressants de l'histoire éducative de la ville.
Le bâtiment
Le bâtiment lui-même est une structure patrimoniale recensée qui incarne le caractère mixte de l'identité de l'école. Son architecture mêle formes vernaculaires tamoules et conception coloniale française : hauts plafonds et vérandas ombragées adaptés au climat tropical, avec le style de toiture en terrasse madrassi caractéristique de la région. Ce n'est ni un bâtiment purement colonial ni un bâtiment purement local. Comme l'institution qu'il abrite, il appartient aux deux mondes.
Le bâtiment n'a pas eu une histoire récente facile. Le cyclone Thane frappa en 2011 et causa des dommages structurels importants. Des travaux de restauration suivirent, soutenus par l'INTACH, l'Indian National Trust for Art and Cultural Heritage, et l'initiative Puducherry Smart City Development. Les travaux portèrent sur la charpente de toiture, le tissu structurel du bâtiment, et les enduits à la chaux, en utilisant des méthodes traditionnelles autant que possible.
Le triangle des écoles patrimoniales
Le Collège Calvé fonctionne aujourd'hui comme une Government Higher Secondary School relevant du département de l'Éducation de Pondichéry, accueillant une importante population étudiante urbaine, des classes six à douze, en médium anglais.
Les archives patrimoniales le situent dans ce qu'elles décrivent comme le « triangle des écoles patrimoniales » de Pondichéry : le Collège Calvé, l'école V.O.C., et le Pensionnat de jeunes filles. Trois institutions qui, ensemble, documentent tout l'éventail de l'éducation à l'époque coloniale dans la ville : philanthropique indien, colonial français, et missionnaire catholique. Chacune raconte une histoire différente sur qui était éduqué, par qui, et dans quel but. Ensemble, elles rendent visible la stratification éducative d'une ville qui, pendant trois siècles, essaya d'être française et indienne à la fois.
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