L'arrivée des Européens
Cinq puissances européennes tentèrent de s'implanter sur la côte de Coromandel. Une seule réussit à bâtir quelque chose de durable. Mais il fallut un siècle, neuf hommes, et un plan de rues rectilignes pour y parvenir.
Les Européens qui transformèrent cette côte n'arrivèrent pas tous en même temps. Ils vinrent sur deux siècles, chaque vague se construisant sur les ruines de la précédente.
Vasco de Gama et le siècle portugais
En 1498, Vasco de Gama contourna le cap de Bonne-Espérance et jeta l'ancre à Calicut. La route maritime vers l'Inde était ouverte, et le Portugal agit vite. En douze ans, Afonso de Albuquerque avait pris Goa, établissant le siège de l'Estado da India qui survivrait, sous une forme ou une autre, jusqu'en 1961. Les Portugais transformèrent toute l'économie politique de l'océan Indien : en contrôlant les routes maritimes, ils taxaient chaque navire qui passait.
Leur présence sur la côte de Coromandel fut plus modeste. Ils établirent un comptoir à Nagapattinam, plus au sud, et des missionnaires catholiques parcoururent rapidement les villages de pêcheurs. L'héritage de ce siècle survit en des lieux inattendus : les communautés catholiques des quartiers les plus anciens de Pondichéry, avec leurs statues et leurs fêtes patronales, font remonter leur foi directement aux missionnaires portugais du XVIe siècle.
Mais Pondichéry elle-même n'était pas une possession portugaise. La côte relevait ici des Nayak de Tanjore, disputée par le sultanat de Golconde. Les Européens n'étaient pas encore arrivés pour de bon.
L'anomalie danoise
À quarante kilomètres au nord de Pondichéry, en un lieu que les Danois appelaient Tranquebar et que les Tamouls ont toujours nommé Tharangambadi, « le lieu où chantent les vagues », la Compagnie danoise des Indes orientales établit un comptoir en 1620. Le Nayak de Tanjore leur accorda la terre ; ils bâtirent le fort Dansborg, qui se dresse encore aujourd'hui, une compacte forteresse jaune au bord de la mer.
Les Danois amenèrent des missionnaires luthériens qui produisirent la première presse d'imprimerie en langue tamoule et la première traduction de la Bible en tamoul. Leur comptoir dura jusqu'en 1845, quand ils le vendirent aux Britanniques. C'est une note de bas de page dans la plupart des histoires, mais elle compte : elle montre combien de puissances travaillaient simultanément cette côte, chacune avec son propre drapeau, sa propre église, son propre calcul sur ce que l'Inde pourrait offrir.
Les Hollandais et les Français
La Compagnie hollandaise des Indes orientales, la VOC, fut la puissance commerciale européenne dominante en Asie pendant la majeure partie du XVIIe siècle. Ils établirent des comptoirs à Pulicat, au nord de Madras, et à Nagapattinam. Ils tinrent brièvement Pondichéry elle-même en 1693, la prenant aux Français après un engagement militaire, et la restituèrent l'année suivante en concession diplomatique. Ils avaient des préoccupations plus pressantes ailleurs.
Les Français étaient arrivés pour la première fois à Surate en 1668, avec l'établissement de la Compagnie des Indes orientales sous le ministre de Louis XIV, Colbert. Mais le comptoir de Pondichéry fut l'œuvre d'un seul homme.
François Martin et neuf hommes
En 1674, un marchand français nommé François Martin arriva sur le site de Pondichéry avec neuf compagnons et un capital modeste. Il travaillait sur la côte de Coromandel depuis 1665, apprenant ses langues, ses marchés et ses structures politiques. Il avait observé de près les Hollandais, les Britanniques et les Portugais à l'œuvre, et s'était forgé ses propres idées sur ce qui fonctionnait.
Il obtint une concession de terre du gouverneur moghol local, Sher Khan Lodi, et se mit à bâtir. Ce qu'il bâtit fut un damier : un établissement rationnel et planifié, divisé par un canal en un quartier français à l'est et un quartier indien à l'ouest. Les rues couraient droit. Les entrepôts et la résidence du gouverneur faisaient face à la mer. Le canal devint la frontière entre deux mondes qui allaient coexister, non sans tension, pendant trois siècles.
Martin gouverna Pondichéry pendant trente-deux ans, survivant aux guerres, à l'occupation hollandaise et à l'indifférence chronique de Paris. À sa mort en 1706, toujours à Pondichéry, il laissait derrière lui une ville fonctionnelle de plusieurs milliers d'habitants et un réseau commercial qui s'étendait sur toute la côte. La rue qui porte son nom dans le quartier français est aujourd'hui l'une des plus tranquilles. Elle mériterait plus d'attention.
Les Britanniques à Madras
Soixante-cinq kilomètres plus au nord, la Compagnie britannique des Indes orientales s'était établie à Madras depuis 1639. Fort Saint-George, leur comptoir fortifié, était devenu un établissement considérable au moment où Martin arriva. Les deux compagnies coexistèrent dans une rivalité commerciale tendue pendant des décennies, glissant parfois vers un conflit ouvert quand leurs guerres européennes leur en donnaient le prétexte.
C'est la longue rivalité entre la Pondichéry française et la Madras britannique qui allait définir l'histoire de la côte de Coromandel pour le siècle suivant. Les Portugais avaient essayé et laissé leur foi. Les Danois avaient essayé et laissé leur presse d'imprimerie. Les Hollandais avaient essayé et calculé que le profit était ailleurs. Il en restait deux, se faisant face sur la même étroite bande de côte. Leur rivalité serait tranchée non par le commerce, mais par les ambitions d'un seul gouverneur extraordinaire, arrivé à Pondichéry en 1742, convaincu qu'il pouvait changer les règles du jeu.
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